La gestion alternative : notions fondamentales

Depuis le début de la guerre en Iran, les marchés financiers évoluent dans un environnement marqué par une forte instabilité. La volatilité des marchés actions mondiaux s’est nettement accrue, comme l’illustre la hausse du VIX* de 36 % entre le 1er janvier et le 12 juin 2026. Parallèlement, les obligations ou l’or ne jouent plus pleinement leur rôle de protection dans les portefeuilles, notamment en raison de la hausse des taux. Dans ce contexte, la gestion alternative est une classe d’actifs adaptée par sa capacité à générer de la performance et à protéger les portefeuilles.

Nous vous présentons les grands principes de la gestion alternative dans cet article. Les termes techniques suivis d’un astérisque sont expliqués dans la page glossaire.

Définition

La gestion alternative désigne un ensemble de stratégies d’investissement visant à générer une performance décorrélée des marchés traditionnels. Elle se distingue de la gestion classique par l’utilisation de techniques financières sophistiquées et le recours à des instruments financiers dérivés, comme les options. La gestion alternative peut ainsi offrir des performances positives même dans un contexte de marché baissier pour les actions.

Les principales stratégies

Si les principes de diversification et de décorrélation sont au cœur de la gestion alternative, les stratégies pour y parvenir sont diverses. Les plus répandues sont les suivantes.

Long-short

Cette stratégie vise à acheter des titres au prix du marché et vendre à découvert* d’autres titres.

Elle est extrêmement répandue au sein des fonds alternatifs « actions ». Schématiquement, le gérant du fonds peut miser sur le différentiel de performance boursière anticipé entre deux entreprises d’un même secteur d’activité. Par exemple, pour le secteur automobile : achat de l’action Stellantis et vente à découvert de l’action Renault). Même raisonnement dans le cas de secteurs d’activités différents : achat d’actions de sociétés évoluant dans le secteur de la défense et vente à découvert d’actions de sociétés évoluant dans le secteur du luxe.

La stratégie fonctionne également sur les taux : elle consiste à prendre simultanément des positions longues (anticipation de baisse des taux / hausse des prix des obligations déjà émises) et des positions courtes (anticipation de hausse des taux / baisse des prix des obligations déjà émises) sur différents instruments de taux, marchés, maturités ou émetteurs.

Enfin, la stratégie long / short peut aussi consister en l’achat d’actions de sociétés européennes et la vente à découvert d’actions de sociétés américaines. Le pari est ici principalement basé sur l’anticipation de performances économiques supérieures pour la zone Europe par rapport aux Etats-Unis. La stratégie se situe à la frontière avec la stratégie « Global Macro » évoquée infra. En effet, la dimension macro-économique entre en jeu.

Arbitrage

Elle consiste à tirer profit des anomalies de marché qui permettent un rendement théoriquement dénué de risque, par exemple lorsqu’un même actif n’a pas le même prix selon la place de cotation. Elle nécessite une réactivité forte.

Cette stratégie peut également s’appliquer aux taux d’intérêt : l’arbitrage de taux consiste à tirer parti des mouvements jugés anormaux sur les taux et les spreads de crédit*. Lorsque certains taux ou spreads de crédit augmentent trop ou s’écartent trop, le gérant d’un fonds peut miser sur un retour à la normale en investissant dans des futures ou des swaps*.

Event driven

. Par exemple, avant ou après l’annonce d’une opération de fusion-acquisition, l’objectif recherché est de tirer profit du différentiel existant entre le prix de l’action offert par l’acquéreur pour le rachat de l’entreprise et le prix de l’action constaté sur le marché (cotation boursière).  On parle de « Merger Arbitrage ».

La stratégie « global macro »

Cette stratégie vise à parier sur des tendances économiques globales et tirer profit de l’évolution de certaines grandes variables de l’économie mondiale. Le recours aux instruments dérivés de type futures* pour maximiser la réactivité et minimiser les frais de transaction, ainsi qu’à l’effet de levier (endettement), fait partie intégrante de cette stratégie qui, de facto, est souvent plus risquée.

Pourquoi utiliser la gestion alternative aujourd’hui ?

Performance et objectif de faible volatilité

Intrinsèquement, la gestion alternative a pour objectif de générer de la performance avec une volatilité maitrisée.

En pratique, pour des allocations défensives, les fonds de gestion alternative que nous recommandons peuvent permettre de viser (objectif non garanti) une rentabilité annuelle supérieure de 2 à 4 points à celle du taux sans risque sur un horizon minimum d’investissement de l’ordre de 3 ans, avec un niveau de volatilité faible. Ces fonds présentent des niveaux de risque (SRI) de 2/7 ou 3/7, similaire à ceux … des fonds obligataires.  A fortiori, lorsque les taux augmentent et que les spreads de crédit s’écartent, la gestion alternative « taux » permet de trouver des opportunités là où la gestion obligataire simple souffre de ces écartements.

Décorrélation et diversification

La décorrélation par rapport aux actifs traditionnels doit permettre de générer la performance quel que soit le contexte de marché. Nous avons pu l’observer par exemple en 2022 : alors que les actions internationales connaissaient une année particulièrement compliquée (ex. : performance de l’indice MSCI World de – 17,73 %), la catégorie Morningstar Equity Market Neutral USD se démarquait et affichait une performance significativement positive (+ 7,82 %).

Quelles stratégies privilégier ?

Nous privilégions les stratégies suivantes qui peuvent être combinées au sein des portefeuilles. Certains fonds peuvent d’ailleurs eux-mêmes sélectionner plusieurs stratégies jugées complémentaires. Nous préférons les fonds qui offrent une valeur liquidative quotidienne, pour assurer la liquidité dans des conditions normales de marché.

Stratégie long / short actions mondiales, avec une exposition neutre au marché (« market neutral ») ou une faible exposition

Comme indiqué supra, cette stratégie vise à tirer profit des différentiels de performance entre les entreprises du monde entier, au sein d’un même secteur ou entre différents secteurs.

Ces écarts sont exacerbés par l’instabilité géopolitique actuelle (conflits en Iran et en Ukraine, pénurie de certaines matières premières) ou par la politique économique américaine (hausse potentielle de droits de douane qui pénalise certains secteurs par exemple).

Cela crée des opportunités pour les gérants talentueux.

Event driven

Cette stratégie nous parait intéressante actuellement car les révolutions technologiques – essor de l’Intelligence Artificielle évidemment – risquent de bouleverser significativement l’économie et engendrer des rachats d’entreprise (stratégie de « merger arbitrage ») ou des faillites.

Gestion alternative taux

Nous sommes dans un contexte incertain et très changeant sur le marché obligataire. Il y a peu, on attendait une baisse des taux aux Etats-Unis. Désormais, le marché « price » 2 hausses de taux d’ici la fin de l’année. Et les taux longs montent et baissent au gré des anticipations d’inflation, elles-mêmes liées à un contexte géopolitique peu lisible.

A la différence des fonds obligataires classiques, la gestion alternative taux permet d’exploiter n’importe quel sens de variation sur les taux, les spreads de crédit ou la pente de la courbe.